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20 2017
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  :2010-12-09::L'Orient-Le Jour 
 Lancement du Rassemblement pour la justice et la rconciliation
 initiative civile pour affronter laprs-acte daccusation
: 3458

Une centaine de cadres de la socit civile et d'intellectuels ont sign hier le document fondateur du Rassemblement pour la justice et la rconciliation (RJR), au terme d'une runion-dbat l'htel Gabriel. Plusieurs personnalits ont pris la parole au cours du dbat huis clos sur la charte fondatrice de cette initiative - dont notamment l'ancien dput Samir Frangi, qui a dirig le dbat, le sociologue Mohammad Hussein Chamseddine, qui a explicit le sens et la symbolique du document en le replaant aussi dans son contexte historique, le journaliste Nadim Koteich et l'ancien btonnier Michel Lyane, qui a prononc une allocution d'ouverture avant de donner lecture, plus tard, du document devant les journalistes.

 

 

Le RJR, qui n'est pas simplement un appel ou une ptition, mais une initiative civile qui sera rapidement suivie de dmarches concrtes, apprhende l'aprs-publication de l'acte d'accusation dans l'affaire de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri. Le document apporte ainsi son soutien l'tablissement de la vrit et la pleine ralisation de la justice, seule possibilit de parvenir, ultrieurement, une vritable rconciliation nationale, dans la mesure o seule la justice peut tre vritablement garante d'une rupture dfinitive avec la violence qui ravage le Liban depuis prs d'un demi-sicle, de la stabilit et d'une raffirmation du pacte interlibanais de convivialit. A contrario, sans la ralisation et l'application de la justice, tout cela reste de l'ordre de l'improbable, sinon de l'impossible. Voici le texte du document fondateur de cette initiative civile :


Cet appel s'adresse toutes les personnes concernes par l'avenir de leur pays et qui ne veulent pas rester les bras croiss dans l'attente de ce qui pourrait arriver. Il les convie unir leurs efforts et rflchir ensemble aux moyens de tourner dfinitivement la page de la guerre et d'uvrer, sur base de la justice, une rconciliation nationale. Il propose pour cela la mise sur pied d'une structure d'action et de coordination - un Rassemblement pour la justice et la rconciliation - qui puisse permettre la socit libanaise d'assumer ses responsabilits dans cette tape cruciale de l'histoire de notre pays.

 

I - Depuis plus d'un demi-sicle, le Liban vit en tat de guerre permanente, ponctu de trves plus ou moins longues. La guerre de 1958 fut la premire, suivie en 1975 par le long conflit qui dura 15 ans, au bout desquels les camps en prsence ont fini par imploser en des guerres intestines. Les conflits intracommunautaires se sont substitus aux guerres intercommunautaires. Durant la mme priode, cinq guerres avec Isral ont eu pour thtre le Liban : en 1978, en 1982 qui a conduit l'occupation de sa capitale, en 1993, en 1996 et la dernire, en 2006, qui a entran d'importantes pertes humaines et la destruction de ses infrastructures. Notre pays a galement connu une prsence militaire palestinienne depuis les accords du Caire (1969), une occupation isralienne qui s'est poursuivie de 1978 2000, et une mainmise syrienne sur le pays qui s'est maintenue de 1990 2005.


Les Libanais vivent aujourd'hui sous la menace d'un nouveau conflit, somms qu'ils sont de choisir entre la justice ou la paix civile. On les somme de renoncer l'exigence de justice pour les assassinats politiques et les attentats perptrs depuis 2005. Il leur est demand d'accepter le fait accompli des armes et de se rsigner vivre en permanence dans la peur les uns des autres, hants en permanence par les peurs du pass que ravivent les conflits d'aujourd'hui.


À cette peur des lendemains difficiles s'ajoute chez les Libanais le sentiment qu'ils ne sont plus matres de leur destin et que leur avenir se dcide hors des frontires nationales, dans des ngociations entre les États de la rgion sur lesquelles ils n'auraient aucune prise.

 

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II - Pourtant les Libanais ont, leur actif, des ralisations communes dont peu de pays de la rgion peuvent se prvaloir :


Ils ont t les seuls dans la rgion reconnatre et accepter la diversit de leur socit et crer, sur la base de cette reconnaissance, un rgime politique bas sur le pluralisme et la dmocratie, dot d'une justice autonome par rapport au pouvoir politique. Ils ont t galement les seuls, avec l'accord de Taf (1989), placer le vivre-ensemble au fondement de la lgitimit nationale.


Ils ont t les seuls, parmi les pays arabes de la rgion, avoir libr leur territoire de l'occupation isralienne sans faire de concessions, forant Isral mettre en application une rsolution internationale, la rsolution 425 adopte par les Nations unies 22 ans auparavant (1978).


Ils ont enfin t les seuls dans cette rgion se librer d'une dictature en se mobilisant pacifiquement sans avoir recours la violence ou une aide extrieure. Il n'y a pas dans l'histoire de la rgion, et mme ailleurs, l'exemple d'une manifestation, comme celle du 14 mars 2005, qui a regroup plus du tiers de la population d'un pays et forc l'arme syrienne se retirer au-del des frontires.

 

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III - Il est temps pour les Libanais de reprendre en main leur destin national en mettant un terme ce cycle ininterrompu de violences et de mort, et en renouant avec le rve libanais qui a vu le jour au printemps 2005 : rve de jouir en paix avec eux-mmes et avec les autres de la douceur de vivre qu'engendrent la diversit exceptionnelle de leur socit et leur capacit exceptionnelle nouer des liens entre eux et avec le monde.


La justice est le seul moyen dont ils disposent pour mettre fin leurs guerres et rhabiliter la rgle du droit et de la loi qui est au fondement de leur vie commune. En 1989, au sortir d'un long conflit, ils ont choisi de refonder leur paix civile, non sur un acte de justice, mais sur une loi d'amnistie. Or cette loi n'a pas russi, indpendamment de l'application arbitraire qu'elle a connue, tourner la page du pass qui a continu peser lourdement sur le prsent des Libanais, hypothquant leur possibilit de se projeter dans l'avenir.


C'est cette exigence de justice qui sert de fondement un Liban enfin rconcili avec lui-mme. C'est cela qui donne toute son importance au Tribunal spcial pour le Liban appel, pour la premire fois depuis le dbut de nos guerres, juger les auteurs d'un crime politique, mettant ainsi fin au rgime d'impunit qui a longtemps prvalu aussi bien au Liban que dans la rgion.

 

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IV - Mais pour que cette justice puisse servir tourner dfinitivement la page du pass, plusieurs conditions sont ncessaires :


Il est tout d'abord ncessaire d'empcher son instrumentalisation par l'un ou l'autre camp. La justice s'adresse aux individus et non aux collectivits auxquelles ils appartiennent. Il n'y a pas au Liban des communauts innocentes et d'autres coupables . Il est grand temps de mettre un terme la politique de rduction d'une communaut aux partis ou aux hommes politiques qui prtendent la reprsenter, politique qui est la source de tous nos problmes, car elle fait assumer aux citoyens la responsabilit de dcisions politiques que d'autres ont pris pour eux sans mme les consulter.


Il est galement ncessaire de ne pas faire d'amalgame entre un acte d'accusation qui initie un processus de justice et le verdict d'un tribunal qui marque son aboutissement. Cet amalgame est dangereux, car il remet en question la notion mme de justice, le suspect tant condamn avant mme d'avoir t jug et d'avoir pu se dfendre. Ainsi, il sera toujours impossible de tourner, sur base de l'exigence de justice, la page du pass.


Il est enfin ncessaire d'initier un processus de rconciliation de chaque Libanais avec lui-mme et avec les autres. Cette rconciliation ne peut se faire que sur la base d'une reconnaissance de notre responsabilit commune dans les guerres qui ont ravag notre pays, ayant tous, un moment ou un autre, eu recours aux armes et recherch dans les guerres que nous nous sommes livres l'aide de forces extrieures, renonant de ce fait notre indpendance et notre souverainet pour tre finalement rduits, sans mme nous en apercevoir, au rang de simples instruments dans les guerres qui se sont succd !


Cette reconnaissance de notre responsabilit commune est essentielle. Elle ne se situe pas un niveau politique, mais thique. L'assassinat de Rafic Hariri n'est pas unique dans son genre, mais il est le seul faire l'objet d'un procs en justice. À dfaut de pouvoir juger tous les autres crimes, il est ncessaire, en vertu de l'exigence de justice et en faveur de tous les morts des guerres libanaises, de reconnatre notre responsabilit morale pour tous les crimes qui ne feront pas l'objet d'un procs quitable. Cette reconnaissance qui rhabilite notre systme de valeurs permet de refonder notre vivre-ensemble sur des bases nouvelles.

 

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V - Cette rconciliation, pour tre effective, doit conduire les Libanais lever d'abord les hypothques communautaires qui bloquent la mise sur pied d'un État capable de protger leur vivre-ensemble et d'assumer ses responsabilits l'gard de ses citoyens en assurant leurs droits essentiels :


- Le droit de vivre dans un pays qui ne soit pas un champ permanent de bataille au service d'intrts partisans ou trangers, un pays o le monopole de la force n'est pas dtenu par des partis politiques ou des milices armes, mais par l'État, seul autoris prendre des dcisions qui engagent les citoyens.


- Le droit de vivre dans le cadre d'un État civil o l'individu n'est plus rduit sa seule dimension communautaire, amput de sa dimension citoyenne, un État de droit o la loi qui est l'expression de la volont gnrale est la mme pour tous, o la justice est indpendante du pouvoir politique, o l'administration n'est pas au service d'intrts communautaires ou partisans, o la participation du citoyen la vie publique est garantie par une loi lectorale moderne, une dcentralisation administrative...


- Le droit de vivre dans une socit moderne et ouverte, respectueuse d'elle-mme, o le citoyen peut choisir de n'tre plus rgi par un statut personnel religieux, mais civil, o la femme n'est plus victime de mesures discriminatoires, o le respect de l'tre humain est le mme pour les nantis comme pour les dmunis, pour les travailleurs libanais comme pour les travailleurs trangers, o les lois imposent le respect de la nature, empchent les atteintes l'environnement, prservent le patrimoine historique, protgent la sant des consommateurs...

 

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VI - La rconciliation des Libanais devrait galement se traduire par une nouvelle vision de leurs rapports avec leur environnement rgional. Il ne s'agit plus de solliciter l'aide de l'extrieur dans les luttes internes, mais de participer transformer l'environnement extrieur rgional pour asseoir la paix interne et permettre ainsi au Liban de jouer son rle dans la mise sur pied d'un nouveau Machrek (Levant) arabe affranchi des servitudes du sicle pass et des conflits interminables qui l'ont marqus et libr de la violence qui l'habite actuellement. Un Machrek capable de recouvrer le rle d'avant-garde qui a t historiquement le sien durant la priode de la Nahda. Un Machrek qui pourrait jeter les bases d'une nouvelle vision de l'arabit libre de tout contenu visant l'exploiter au service d'une religion, d'un État ou d'un parti ; une arabit culturelle qui intgrerait les concepts de diversit, de dmocratie, de tolrance, de respect des droits de l'homme, une arabit qui accorderait la priorit une solution juste et durable du problme palestinien qui est la condition ncessaire pour mettre fin cet affrontement qui, depuis de longues dcennies, entrave le dveloppement du monde arabe et hypothque ses relations avec l'Occident.


Les signataires du document fondateur du RJR

 

Voici la liste des signataires du document fondateur du RJR : Abdel Salam Moussa (journaliste), Ahmaed Ayache (journaliste), Antoine Courban (mdecin et professeur d'universit), Aline Karim (journaliste), Anouar Rafeh, Asma Andraos, Assaad Bchara (journaliste), Ayman Abouchacra (journaliste), Ayman Charrouf (journaliste), Ayman Jezzini (journaliste), Aziz Karam (syndicaliste), Bachir Assaker (avocat), Bahjat Salam, Berri Assaad (mdecin), Chahine Abdallah, Charles Jabbour (journaliste), Chawki Dagher (avocat), Danile Gergs (journaliste), Darine Helweh (journaliste), Dina Lteif, Edmond Samaha (ingnieur), Élias Atallah (ancien dput), Élias Moukheiber (avocat), Élie Fawaz (journaliste), Élie Hajj (journaliste), Élie Mahfoud (avocat), Émile Bouchkanji, Émile Nejm (mdecin), Fady Bustros (consultant), Fady Makarem, Fady Toufaily (journaliste), Fady Toufic (crivain et journaliste), Fars Souhaid (ancien dput), Fouad Farah, Georges Abou Zeid, Hadi el-Amine (chercheur), Hanine Ghaddar (journaliste), Hassan Kotb (chercheur), Hassan Kozma (ingnieur), Ibrahim Gemayel (consultant), Ismal Charafeddine (mdecin), Jad Ghorayeb (ingnieur), Jad Yateem (journaliste), Jean Badih Harb (avocat), Jean-Pierre Katrib, Jihad Mouraccadeh (conomiste), Joseph Farah (avocat), Kamal Batal (ingnieur), Kamal Richa (journaliste), Kamal Zouki, Khaled Hachem (ingnieur), La Baroudi (consultante), Marc Ayoub, Maroun Salhani (journaliste), Marwan Sacre (avocat), Maya Sukkar (journaliste), Mayad Hadar (avocat), Michel Hajji Georgiou (journaliste), Michel Touma (journaliste), Michel Lyane (ancien btonnier), Michel Mecattaf, Michel Youssef Khoury (avocat), Mohammad Chami (journaliste), Mohammad Hamdane, Mohammad Harfouche (journaliste), Mohammad Hussein Chamseddine (crivain), Mohammad Machmouchi (journaliste), Mohammad Matar (avocat), Mona Fayad (professeur d'universit), Moustapha Fahs (journaliste), Nabil Kharrat (mdecin), Nadim Abdel Samad, Nadim Koteich (journaliste), Nagi Bassil, Nasr Farah, Nassim Daher (crivain), Nassir el-Assaad (journaliste), Naufal Daou (journaliste), Nawal Nisr (journaliste), Nazih Darwiche (chercheur), Nicole Fayad, Omar Harkouss (journaliste), Raja Bedran (homme d'affaires), Raja Noujaim, Raymond Maalouf (ingnieur), Rony Sacre (avocat), Riad Taouk (journaliste), Rouba Kabbara (journaliste), Rudi Haddad, Samir Frangi (ancien dput), Sana Jack (journaliste), Shirine Abdallah, Tony Habib (ingnieur), Yakzane Taki (journaliste), Youssef Bazzi (journaliste), Youns Chebli (mdecin), Youssef Zein (homme d'affaires), Ziad Sayegh (crivain et journaliste), Zouheir Abdallah, Zahwa Majzoub (professeur d'universit)


Les personnes intresses participer la cration de ce rassemblement peuvent contacter les signataires de cet appel l'adresse suivante :
aadala.mousalaha@gmail.com

 

 
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